Julien Cresp, gentleman-mécène

Fondateur de l’espace Ad Luminem (« lumineux » en latin) à Clichy, Julien Cresp a l’œil. Parce que c’est un photographe remarquable et parce que c’est un galeriste inspiré et défricheur. Il a aussi été avocat. « D’habitude je ne dis pas tout ça, je ne veux pas brouiller les pistes. » Difficile de briller dans autant de domaines quand pour une fois on lui tire le portrait. « C’est une question d’éducation. On m’a toujours appris à rester modeste, discret. Je préfère mettre les autres en lumière. »

La lumière. Le déclencheur de tout. Courbes, textures, matières… Un dialogue immédiat s’installe entre cet artiste pudique et les créations qu’il expose. Amoureux des lignes et des formes organiques, il n’est totalement conquis que par sa rencontre avec le créateur ou la créatrice. « Il faut que j’apprécie aussi la personne, que le courant passe. C’est sans doute pourquoi je me consacre essentiellement aux métiers d’art : il s’agit d’hommes et de femmes passionnants avant tout. »

Une proximité qui permet d’aborder cet artisanat d’exception avec générosité et simplicité, aux portes de Paris. Un double défi qui n’est pas sans tribulations, avec ses moments de découragement très vite transformés en envie redécuplée de révéler les perles rares qu’il repère notamment grâce à ses reportages photographiques. « Je ne sais jamais comment mes programmations vont être reçues. J’ai eu des déceptions et de merveilleuses surprises. Je devrais peut-être faire plus de tapage ou de marketing ? Tout ce que je sais c’est que ces talents méritent d’être connus et que ma ville mérite d’en profiter. » Un mérite qu’il ne s’accordera pas cette fois encore, ni la prochaine. Comme pour ses œuvres, dont la fameuse série « Wastelands » dont il donnerait presque le crédit aux décors qu’il met pourtant en scène de façon magistrale.

Enraciné dans sa commune d’élection, à l’image des artisans d’art ancrés et investis dans le développement de leur territoire, ce jeune papa de deux enfants n’a jamais choisi le chemin de la facilité. Car même si les métiers d’art reconquièrent progressivement l’intérêt et le cœur des français, les initiatives comme celles de Julien restent une gageure. « Oui j’aurais pu ouvrir une galerie photo… mais je pratique déjà ce moyen d’expression. Les métiers d’art m’ont toujours attiré, et quand j’ai la chance de vivre pendant un mois avec les œuvres de mes créateurs, je suis heureux. Je me nourris de ces univers, de ces influences différentes. Ce sont des voyages sans cesse renouvelés. ».

Chaque exposition devient ainsi la sienne, dévoilant un peu plus de sa sensibilité… et de ses espoirs. « Il faut avoir la foi. Et se donner les moyens. Se dire que c’est possible. » confie la céramiste Pascale Morin, dernière artiste exposée dans la galerie. « Il est très à l’écoute. Il est comme nous. Il partage nos hésitations, nos doutes. Mais cette façon de s’effacer nous apporte de l’énergie. Sa délicatesse et sa bienveillance sont précieuses. Tout ce qu’il enlève de lui, il nous le donne. Ça, à notre époque, ça vaut de l’or. C’est un aventurier… ».

Un aventurier doublé d’une âme de mécène, où la sincérité et l’entraide se substituent souvent à l’argent. « J’aime l’idée d’apporter de belles choses à regarder. Pas nécessairement acheter. Je préférerais voir la galerie remplie de gens s’extasier sur ce que j’expose plutôt qu’avoir quelques gros acheteurs par mois. »

Il n’est pas surprenant alors que son « œil » détecte aussi des talents émergents. « Oui on peut dire qu’il m’a découverte, raconte Julie Guillot, une jeune dessinatrice à la plume luxuriante. Il a su par nos connaissances communes que je dessinais alors il m’a demandé de lui présenter mes travaux. De lui raconter le pourquoi, le comment de cette envie soudaine de dessiner et de ne plus penser qu’à cela. C’est intimement lié à mon histoire, on a longtemps parlé, il m’a dit très naturellement « J’aimerais t’exposer » et j’ai dit oui. Sans réfléchir car j’étais en confiance. »

De ces relations sont nées un petit univers où chacun se sent bien et disposé à accueillir toute œuvre, artisanale ou artistique, académique ou baroque, sans préjuger de leur valeur autrement que par la qualité des échanges qui s’en suivront. « Cette galerie, c’est un cocon. On s’y sent bien car ses amis ont tous quelque chose, décrypte Julie Guillot. Il sait créer ce lien inconditionnel, désintéressé, voire énergétique. C’est un lieu de rencontres chaleureux, presque un nid, qui reflète sa personnalité. »

Voilà pourquoi ces galeries de quartier doivent être soutenues et se multiplier, car s’y niche souvent sans prévenir le cœur vibrant d’une communauté heureuse de se retrouver. Mais à Julien, vous ne le lui ferez jamais avouer. Gentleman-mécène, c’est  un métier.

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Julien Cresp, gentleman patron

Founder of the Ad Luminem space (“bright’ in Latin) in Clichy, Julien Cresp has the eye. Because he is a remarkable photographer and because he is an inspired and pioneering gallery owner. He was also a lawyer. « I don’t usually say all that stuff, I don’t want to confuse people. » Hard to shine in so many fields when this time he’s the one who gets portrayed. « It’s a question of education. I have always been taught to be modest, discreet. I prefer to highlight others. »

Light. The trigger of everything. Shapes, textures, materials… An immediate dialogue takes place between this humble artist and the creations he exhibits. In love with lines and organic forms, he is totally won over only by his encounter with the creator. « I also have to appreciate the person, that the current passes. That’s probably why I’m focused on Arts and Crafts, because they’re exciting men and women first. »

A proximity that enables to approach artistic craftmanship with generosity and simplicity, on the outskirts of Paris. A double challenge that is not without tribulations, with its moments of discouragement very quickly transformed into a renewed desire to reveal the rare pearls that he spots, thanks to its photo reports. « I never know how my programming will be received. I have had disappointments and wonderful surprises. Maybe I should make more noise or marketing? All I know is that these talents deserve to be known and my city deserves to enjoy them. » A merit that he will not give himself this time again, nor the next. As for his works, including the famous series «Wastelands» which he would almost give credit to the scenery which he nevertheless staged masterfully.

Rooted in the community he chose, like the artisans anchored and invested in the development of their territory, this young father of two children has never taken the path of ease. For even if the Crafts gradually regained the interest and the heart of the French, initiatives such as those of Julien remain a challenge. « Yes, I could have opened a photo gallery…but I already practice this medium of expression. Crafts have always attracted me, and when I have the chance to live for a month with the works of my creators… I am happy. I am nourished by these universes, by these different influences. They are constantly renewed journeys. »

Each exhibition thus becomes his own, revealing a little more of his sensibility… and his hopes. « You must have faith. And give yourself the means. Tell yourself that it is possible. » confides ceramist Pascale Morin, the last artist exhibited in the gallery. « He’s very attentive. He’s like us. He shares our hesitations, our doubts. But this way of disappearing brings us energy. His delicacy and benevolence are precious. Everything he takes away from him, he gives to us. That, in our time, is worth gold. He is an adventurer… ».

An adventurer with a patron’s soul, where sincerity and self-help often replace money. « I like the idea of bringing beautiful things to watch. Not necessarily to buy. I’d rather see the gallery full of people rave about what I’m exhibiting than have a few big buyers a month. »

Not surprisingly, his “eye’ is also detecting emerging talent. « Yes, we can say that he discovered me, says Julie Guillot, a young artist with a luxuriant pen. He knew from our common knowledge that I was drawing so he asked me to present my work to him. To tell him the why, the how of this sudden desire to draw and think only of that. It’s intimately related to my story, we talked for a long time, he said very naturally « I’d like to expose you » and I said yes. Without thinking because I was confident.”

From these relations came a small universe where everyone feels well and willing to welcome any work, artisanal or artistic, academic or baroque, without prejudging their value other than by the quality of the subsequent exchanges. « This gallery is a cocoon. It feels good because his friends all have something, deciphers Julie Guillot. He knows how to create this unconditional, disinterested and even energetic link. It is a warm meeting place, almost a nest, that reflects his personality. »

That is why these neighbourhood galleries must be supported and multiply, because they often shelter without warning the vibrant heart of a happy community to meet again. But to Julien, you will never make him confess. Gentleman-patron, this is a profession.