Les plantes tinctoriales, une réserve de savoirs et de savoir-faire menacée

Les plantes tinctoriales ont longtemps été une ressource indispensable pour des secteurs industriels et artisanaux variés tels que les teintures, peintures, encres, produits cosmétiques ou colorants alimentaires. Ces couleurs naturelles ont été détrônées au début du XXe siècle au profit de la pétrochimie et ses pigments de synthèse – aujourd’hui contestés. A l’heure où l’on redécouvre les vertus de ces plantes pour la santé, la recherche et la planète, cette formidable mémoire de connaissances est pourtant menacée de disparition. En France, dans un petit village du Luberon (Provence), existe un jardin merveilleux qui pourrait hélas disparaître…

Un lieu unique en Europe

Le jardin conservatoire de plantes tinctoriales à Lauris est un lieu exceptionnel. Labellisé jardin remarquable par le ministère de la culture, il constitue l’un des plus grands ensembles construit en Europe au XVIIIe siècle.

Car la culture des plantes à couleurs a marqué l’histoire textile de la Provence. La garance fut cultivée jusqu’en 1900 pour produire une magnifique couleur rouge. Plusieurs autres plantes endémiques du Luberon étaient acheminées vers Avignon pour les besoins des teinturiers.

L’implantation du conservatoire sur les terrasses du château de Lauris s’est donc naturellement inscrite dans un terroir très fortement marqué par la tradition tinctoriale : dès le 16ème siècle, le village fut un centre de production de couleurs naturelles très actif. Juché au sommet d’une superbe falaise s’étendant d’est en ouest, soutenu par un vaste ensemble de jardins en terrasses, Lauris est une citadelle qui s’enorgueillit de son panorama sur la vallée de la Durance, des Alpilles à la Sainte Victoire.

En 1998, Michel Garcia, spécialiste de la couleur végétale et précurseur de son renouveau, crée l’association Couleur Garance, en parallèle de ses activités artisanales. Les objectifs sont d’assurer la promotion des colorants végétaux et de leur implication dans l’art et l’artisanat. Quelques années plus tard, il crée le jardin conservatoire dans un esprit de partage et de mutualisation des connaissances. Cultivé de façon écologique, le jardin constitue un outil pédagogique incomparable pour transmettre les connaissances tout en préservant la biodiversité.

Aujourd’hui, malgré la dissolution de l’association, d’irréductibles bénévoles passionnés poursuivent leurs actions d’éducation à travers 2 thèmes principaux :

  1. Le renouveau de la couleur végétale : en partant du savoir empirique des anciens, la recherche actuelle innove et invente encore, tout en respectant notre environnement.
  2. Les teintures du monde : tous les peuples du monde ont su trouver dans leur environnement une palette de couleurs pour l’art et l’artisanat. Les techniques employées en teinturerie comme dans la fabrication des encres ou des pigments sont extrêmement variés. Mais partout, de temps, on retrouve les grandes lois de la chimie naturelle des colorants.

Une pétition est actuellement en cours au château pour tenter de préserver le jardin, menacé de disparition. Ce lieu est pourtant un support pédagogique indispensable pour sauvegarder et transmettre des siècles de savoirs et de pratiques issus de la nature. Les projets ne manquent pas (revente de graines, formation à la teinture végétale…) mais les moyens se réduisent année après année, jusqu’à évoquer la suppression de ce joyau patrimonial.

Les équipes, débordées par l’ampleur de la tâche, ne peuvent déployer une campagne d’alerte à la hauteur de l’enjeu. Aussi, chaque aide, si petite soit-elle, sera bienvenue. Pour cela, n’hésitez pas à faire connaître votre soutien auprès de la mairie de Lauris.

Contacter l’Association des amis du Jardin de plantes tinctoriales (Mme Dominique JOWA)


Qu’est-ce qu’une plante tinctoriale ?

C’est une plante dont certaines parties servent à préparer des colorants et des teintures. Généralement utilisées pour peindre des fibres textiles naturelles (laine, soie, coton…), elles peuvent aussi servir de colorants alimentaires et corporels (maquillage, peinture rituelle). Les plantes ne fabriquent pas de couleur pour nous faire plaisir, pas plus qu’elles ne sont médicinales ou alimentaires par vocation. Il faut chercher la raison d’être des colorants dans la nécessité que les plantes (privées de motricité) de se protéger et de se défendre à l’aide d’une chimie subtile. Les colorants servent aussi pour la reproduction. On doit tenter de réaliser combien d’imagination, d’ingéniosité et de recherche il fallut à nos prédécesseurs pour réussir à en extraire des couleurs solides au lavage, à la lumière et à l’usure. Et pour obtenir les meilleures teintures, ils n’ont pas hésité à importer, parfois de très loin, les matières tinctoriales, et même acclimater de nombreux végétaux pour en rationaliser la production. Jusqu’au siècle dernier, le secteur textile fut le plus gros consommateur de couleur végétale, mais l’arrivée des dérivés pétroliers fit quasiment disparaître leur production. Actuellement, l’exploitation des ressources végétales est une solution aux problématiques écologiques et s’inscrit naturellement dans une démarche de développement durable.


Dye plants, a threatened reserve of knowledge and know-how

Dye plants have long been an essential resource for various industrial and craft sectors such as dyes, paints, inks, cosmetics and food coloring. These natural colors were dethroned at the start of the 20th century in favor of petrochemicals and their synthetic pigments – which are today contested. At a time when the virtues of these plants for health, research and the planet are being rediscovered, this formidable memory of knowledge is nevertheless threatened with disappearance. In France, in a small village in the Luberon (Provence), you can find a wonderful garden that could unfortunately disappear…

A unique place in Europe

The conservatory garden of dye plants in Lauris is an exceptional place. Labeled a remarkable garden by the Ministry of Culture, it is one of the largest complexes built in Europe in the 18th century.

The cultivation of colored plants has indeed marked the textile history of Provence. Madder was cultivated until 1900 to produce a magnificent red color. Several other plants endemic to the Luberon were transported to Avignon for the needs of the dyers.

The establishment of the conservatory on the terraces of the Château de Lauris is therefore naturally part of a land very strongly marked by the tinctorial tradition: from the 16th century, the village was a very active production center for natural colors. Perched at the top of a superb cliff stretching from east to west, supported by a vast set of terraced gardens, Lauris is a citadel which prides itself on its panorama over the Durance valley, from the Alpilles to the Sainte Victoire.

In 1998, Michel Garcia, specialist in plant color and pioneer of its revival, created the Couleur Garance association, in parallel with its artisanal activities. The objectives are to ensure the promotion of vegetable dyes and their implication in art and crafts. A few years later, he created the conservatory garden in a spirit of sharing and pooling knowledge. Grown ecologically, the garden is an incomparable educational tool for transmitting knowledge while preserving biodiversity.

Today, despite the dissolution of the association, irreducible passionate volunteers continue their educational actions through 2 main themes:

  • The renewal of plant color: starting from the empirical knowledge of the ancients, current research innovates and invents again, while respecting our environment.
  •  The dyes of the world: all the peoples of the world have found in their environment a palette of colors for art and crafts. The techniques used in dyeing as in the manufacture of inks or pigments are extremely varied. But everywhere, from time to time, we find the great laws of the natural chemistry of dyes.

A petition is currently underway at the castle to try to preserve the garden, which is threatened with extinction. This place is, however, an essential educational support for safeguarding and transmitting centuries of knowledge and practices from nature. There is no shortage of projects (resale of seeds, training in vegetable dyeing, etc.) but the means are reduced year after year, even to the point of evoking the removal of this heritage gem.

The teams, overwhelmed by the scale of the task, cannot deploy an alert campaign up to the challenge. Also, every help, no matter how small, will be welcome. For this, do not hesitate to make known your support to the town of Lauris.

To contact the Association of Friends of the Garden of Tinctorial Plants (Ms. Dominique DOWA).

What is a dye plant?

It is a plant, parts of which are used to prepare dyes and tinctures. Generally used to paint natural textile fibers (wool, silk, cotton, etc.), they can also be used as food and body dyes (make-up, ritual painting). Plants do not make colors to please us, nor are they medicinal or food by vocation. The rationale for dyes must be found in the need for plants (deprived of motor skills) to protect and defend themselves with the help of subtle chemistry. The dyes are also used for reproduction. One must try to realize how much imagination, ingenuity and research it took our predecessors to succeed in extracting colors that were solid in washing, light and wear. And to obtain the best dyes, they did not hesitate to import, sometimes from far away, the dyeing materials, and even acclimatize many plants to rationalize their production. Until the last century, the textile sector was the largest consumer of vegetable color, but the arrival of petroleum derivatives almost eliminated their production. Currently, the exploitation of plant resources is a solution to ecological problems and is naturally part of a sustainable development approach.