Studio Pli, l’artisanat comme ligne de vie

PLI est un studio bienveillant et éco-responsable qui perpétue la grande tradition des artisans plisseurs jusqu’alors réservée au monde de la Haute Couture. Elle n’est pratiquée aujourd’hui que par seulement 4 personnes en France. Différents types de matériaux sont ainsi plissés artisanalement dans cet atelier pour créer des objets auto-édités ou des projets sur mesure dans le domaine de l’architecture et du design. Sa fondatrice, Sarah Osseland, œuvre pour faire reconnaître ce savoir-faire mais aussi pour revaloriser l’artisanat d’art en général. Rencontre avec une craftangel aussi douce que déterminée.

FCG. Comment vous est venue la passion de l’origami ?

SH. J’ai découvert il y a 6 ans le métier d’artisan plisseur via un reportage sur les ateliers Lognon. On y voyait M. Lognon qui ennoblissait les tissus. La technique des métiers à plisser, la beauté du geste, la préservation de ce savoir-faire artisanal m’ont marquée. J’étais à une période de ma vie professionnelle où je me cherchais. Après avoir fait des études en architecture et un séjour à l’étranger, je cherchais comment m’approprier cet art et pratiquer l’architecture à ma façon. Par ailleurs, j’avais depuis toujours un attrait pour le patrimoine tant architectural qu’immatériel. J’ai voulu apprendre les techniques de plis pour les appliquer à l’architecture. Mon premier projet était la création des origanids, des architectures pliables autoportantes faites en Tyvek. J’utilisais la propriété portante du pli pour en faire des micro-architectures pliables. Des personnes m’ont demandé si je pouvais faire d’autres objets. Un univers s’est ouvert à moi. J’y ai vu toutes les possibilités qu’offrait le pli tant en architecture qu’en design. Le côté épuré et utile de l’objet esthétique me plaisait.

FCG. Qu’y trouvez-vous de spécial que vous ne trouvez pas ailleurs ?

SH. J’aime le fait de pouvoir créer un volume à partir d’une feuille. La mise en forme de la matière de façon épurée me plaît. Cela s’applique à n’importe quel artisanat mais c’est ce qui me fascine dans l’art du pli.

FCG. Est-ce plutôt un art ou un artisanat selon vous ?

SH. Pour moi l’art s’observe, s’admire, et l’artisanat se manipule. En fonction des projets, le pli peut être un objet d’art comme l’art mural, pour d’autres il peut être manipulé comme des paravents.

FCG. En tant que française, l’appropriation de cette technique japonaise modifie-t-il la démarche ? Est-ce que vous l’avez « adaptée » ?

SH. Non. Les techniques que les artisans plisseurs utilisent sont ce que l’on appelle de la tesselation. C’est un motif répété inspiré de la technique japonaise. Je n’adapte pas le pli mais plutôt son utilité. A titre d’exemple, je me suis inspirée de modèles d’enveloppes japonaises pour en faire des modules plats que j’utilise pour l’art mural.

FCG. Comment vous est venue l’envie de valoriser les artisans ?

SH. En découvrant le métier d’artisan plisseur, j’ai mis un pied dans l’univers de l’artisanat que je ne connaissais pas. Je me suis rendue compte qu’aujourd’hui l’artisanat était une vocation pratiquée par des personnes engagées qui cherchaient une manière de perpétuer un savoir-faire en y apportant une touche d’innovation. Jusqu’il y a encore peu de temps, l’artisanat n’était à mon avis pas aussi mis en avant. J’ai l’impression de faire partie de cette génération de personnes qui veut pratiquer un métier plus authentique en contact avec la matière, ses clients, ses fournisseurs et ainsi contribuer à faire vivre un écosystème artisanal local. Valoriser, les artisans, c’est à la fois valoriser un savoir-faire, un mode de vie mais aussi un territoire. Mon séjour à l’étranger m’a sûrement fait prendre conscience que, contrairement à ce que l’on pense, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. La France regorge de talents, de savoir-faire qu’on doit préserver, qui fontt la richesse de notre pays.

FCG. Que diriez-vous à quelqu’un qui voudrait en faire son métier comme vous ?

SH. Je lui suggérerais de lire des livres sur le sujet pour connaître les techniques de bases du pli, d’expérimenter pour s’approprier la technique et avoir sa propre expression comme lorsque l’on apprend une langue. Connaitre les bases pour faire ses propres phrases, avoir son propre style d’écriture. D’expérimenter par lui-même car en France, rares sont les artisans spécialisés dans le pli qui ouvrent leurs ateliers et offrent la possibilité de transmettre leur savoir-faire. De se rapprocher d’organismes en lien avec l’artisanat pour réseauter, découvrir d’autres artisans qui font partie de cet univers, de cette façon de penser, et qui pourront donner de bons conseils.

Studio Pli, crafts as a life line

PLI is a benevolent and eco-responsible studio which perpetuates the great tradition of pleating artisans until then reserved for the world of Haute Couture. It is practiced today by only 4 people in France. Different types of materials are thus pleated by hand in this workshop to create self-published objects or tailor-made projects in the field of architecture and design. Its founder, Sarah Osseland, works to promote recognition of this know-how but also to enhance the value of craftsmanship in general. Meeting with a craftangel as sweet as determined.

FCG. How did you get your passion for origami?

SH. 6 years ago, I discovered the craft of artisan-pleater through a report on the Lognon workshops. We saw Mr. Lognon ennobling the fabrics. The technique of the pleating looms, the beauty of the gesture, the preservation of this artisanal know-how marked me. I was at a time in my professional life where I was looking for myself. After studying architecture and spending time abroad, I was looking for ways to appropriate this art and practice architecture in my own way. Furthermore, I have always had an attraction for both architectural and intangible heritage. I wanted to learn folding techniques to apply them to architecture. My first project was the creation of « origanids« , freestanding foldable architectures made in Tyvek. I used the bearing property of the fold to make foldable micro-architectures. People asked me if I could make other objects using the fold. So I developed other projects. From there, I went into the fold. A universe opened up to me. I saw all the possibilities offered by the fold in both architecture and design. I liked the clean and useful side of the aesthetic object.

FCG. What do you find special there that you can’t find elsewhere?

SH. I love the fact that I can create a volume from a sheet. The shaping of the material in a refined way pleases me. This applies to any craft, but that’s what fascinates me about the art of folding.

FCG. Is it more an art or a craft according to you?

SH. For me art is observed, admired, and craftsmanship is manipulated. Depending on the project, the fold can be seen as an art object like wall art, for others manipulated like screens.

FCG. As a French woman, does the appropriation of this Japanese technique change the approach? Did you « adapt » it?

SH. No. The techniques that pleating artisans use are called tessellation. It is a repeated pattern inspired by Japanese technique. I am not adapting the fold but rather its utility. As an example, I took inspiration from Japanese envelopes models to make flat modules that I use for wall art.

FCG. How did you come up with the desire to promote artisans?

SH. By discovering the craft of a pleating craftsman, I entered the world of craftsmanship that I did not know before. I realized that today craftsmanship was a vocation practiced by committed people who were looking for a way to perpetuate know-how by adding a touch of innovation. Until recently, craftsmanship was not so prominent in my opinion. I have the impression of being part of this generation of people who want to practice a more authentic profession in contact with the material, its customers, its suppliers and thus help bring a local artisanal ecosystem to life. Valuing craftsmen is both valuing know-how, a way of life but also a territory. My time abroad has surely made me realize that contrary to popular belief, the grass is not greener elsewhere. France is full of talents, of know-how that must be preserved, which makes up the wealth of our country.

FCG. What would you say to someone who wants to make it their job like you?

SH. I would suggest that he read books on the subject to learn the basic techniques of the fold, experiment to appropriate the technique and have his own expression as when learning a language. Know the basics of making your own sentences, having your own writing style. To experiment for yourself because in France, there are few craftsmen specializing in folds who open their workshops and offer the opportunity to pass on their know-how. To get closer to an organization related to the craft industry to network, to discover other craftsmen who are part of this universe, this way of thinking and who can give good advice.

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