Les plantes tinctoriales, une réserve de savoirs et de savoir-faire menacée

Les plantes tinctoriales ont longtemps été une ressource indispensable pour des secteurs industriels et artisanaux variés tels que les teintures, peintures, encres, produits cosmétiques ou colorants alimentaires. Ces couleurs naturelles ont été détrônées au début du XXe siècle au profit de la pétrochimie et ses pigments de synthèse – aujourd’hui contestés. A l’heure où l’on redécouvre les vertus de ces plantes pour la santé, la recherche et la planète, cette formidable mémoire de connaissances est pourtant menacée de disparition. En France, dans un petit village du Luberon (Provence), existe un jardin merveilleux qui pourrait hélas disparaître…

Un lieu unique en Europe

Le jardin conservatoire de plantes tinctoriales à Lauris est un lieu exceptionnel. Labellisé jardin remarquable par le ministère de la culture, il constitue l’un des plus grands ensembles construit en Europe au XVIIIe siècle.

Car la culture des plantes à couleurs a marqué l’histoire textile de la Provence. La garance fut cultivée jusqu’en 1900 pour produire une magnifique couleur rouge. Plusieurs autres plantes endémiques du Luberon étaient acheminées vers Avignon pour les besoins des teinturiers.

L’implantation du conservatoire sur les terrasses du château de Lauris s’est donc naturellement inscrite dans un terroir très fortement marqué par la tradition tinctoriale : dès le 16ème siècle, le village fut un centre de production de couleurs naturelles très actif. Juché au sommet d’une superbe falaise s’étendant d’est en ouest, soutenu par un vaste ensemble de jardins en terrasses, Lauris est une citadelle qui s’enorgueillit de son panorama sur la vallée de la Durance, des Alpilles à la Sainte Victoire.

En 1998, Michel Garcia, spécialiste de la couleur végétale et précurseur de son renouveau, crée l’association Couleur Garance, en parallèle de ses activités artisanales. Les objectifs sont d’assurer la promotion des colorants végétaux et de leur implication dans l’art et l’artisanat. Quelques années plus tard, il crée le jardin conservatoire dans un esprit de partage et de mutualisation des connaissances. Cultivé de façon écologique, le jardin constitue un outil pédagogique incomparable pour transmettre les connaissances tout en préservant la biodiversité.

Aujourd’hui, malgré la dissolution de l’association, d’irréductibles bénévoles passionnés poursuivent leurs actions d’éducation à travers 2 thèmes principaux :

  1. Le renouveau de la couleur végétale : en partant du savoir empirique des anciens, la recherche actuelle innove et invente encore, tout en respectant notre environnement.
  2. Les teintures du monde : tous les peuples du monde ont su trouver dans leur environnement une palette de couleurs pour l’art et l’artisanat. Les techniques employées en teinturerie comme dans la fabrication des encres ou des pigments sont extrêmement variés. Mais partout, de temps, on retrouve les grandes lois de la chimie naturelle des colorants.

Une pétition est actuellement en cours au château pour tenter de préserver le jardin, menacé de disparition. Ce lieu est pourtant un support pédagogique indispensable pour sauvegarder et transmettre des siècles de savoirs et de pratiques issus de la nature. Les projets ne manquent pas (revente de graines, formation à la teinture végétale…) mais les moyens se réduisent année après année, jusqu’à évoquer la suppression de ce joyau patrimonial.

Les équipes, débordées par l’ampleur de la tâche, ne peuvent déployer une campagne d’alerte à la hauteur de l’enjeu. Aussi, chaque aide, si petite soit-elle, sera bienvenue. Pour cela, n’hésitez pas à faire connaître votre soutien auprès de la mairie de Lauris.

Contacter l’Association des amis du Jardin de plantes tinctoriales (Mme Dominique JOWA)


Qu’est-ce qu’une plante tinctoriale ?

C’est une plante dont certaines parties servent à préparer des colorants et des teintures. Généralement utilisées pour peindre des fibres textiles naturelles (laine, soie, coton…), elles peuvent aussi servir de colorants alimentaires et corporels (maquillage, peinture rituelle). Les plantes ne fabriquent pas de couleur pour nous faire plaisir, pas plus qu’elles ne sont médicinales ou alimentaires par vocation. Il faut chercher la raison d’être des colorants dans la nécessité que les plantes (privées de motricité) de se protéger et de se défendre à l’aide d’une chimie subtile. Les colorants servent aussi pour la reproduction. On doit tenter de réaliser combien d’imagination, d’ingéniosité et de recherche il fallut à nos prédécesseurs pour réussir à en extraire des couleurs solides au lavage, à la lumière et à l’usure. Et pour obtenir les meilleures teintures, ils n’ont pas hésité à importer, parfois de très loin, les matières tinctoriales, et même acclimater de nombreux végétaux pour en rationaliser la production. Jusqu’au siècle dernier, le secteur textile fut le plus gros consommateur de couleur végétale, mais l’arrivée des dérivés pétroliers fit quasiment disparaître leur production. Actuellement, l’exploitation des ressources végétales est une solution aux problématiques écologiques et s’inscrit naturellement dans une démarche de développement durable.


Dye plants, a threatened reserve of knowledge and know-how

Dye plants have long been an essential resource for various industrial and craft sectors such as dyes, paints, inks, cosmetics and food coloring. These natural colors were dethroned at the start of the 20th century in favor of petrochemicals and their synthetic pigments – which are today contested. At a time when the virtues of these plants for health, research and the planet are being rediscovered, this formidable memory of knowledge is nevertheless threatened with disappearance. In France, in a small village in the Luberon (Provence), you can find a wonderful garden that could unfortunately disappear…

A unique place in Europe

The conservatory garden of dye plants in Lauris is an exceptional place. Labeled a remarkable garden by the Ministry of Culture, it is one of the largest complexes built in Europe in the 18th century.

The cultivation of colored plants has indeed marked the textile history of Provence. Madder was cultivated until 1900 to produce a magnificent red color. Several other plants endemic to the Luberon were transported to Avignon for the needs of the dyers.

The establishment of the conservatory on the terraces of the Château de Lauris is therefore naturally part of a land very strongly marked by the tinctorial tradition: from the 16th century, the village was a very active production center for natural colors. Perched at the top of a superb cliff stretching from east to west, supported by a vast set of terraced gardens, Lauris is a citadel which prides itself on its panorama over the Durance valley, from the Alpilles to the Sainte Victoire.

In 1998, Michel Garcia, specialist in plant color and pioneer of its revival, created the Couleur Garance association, in parallel with its artisanal activities. The objectives are to ensure the promotion of vegetable dyes and their implication in art and crafts. A few years later, he created the conservatory garden in a spirit of sharing and pooling knowledge. Grown ecologically, the garden is an incomparable educational tool for transmitting knowledge while preserving biodiversity.

Today, despite the dissolution of the association, irreducible passionate volunteers continue their educational actions through 2 main themes:

  • The renewal of plant color: starting from the empirical knowledge of the ancients, current research innovates and invents again, while respecting our environment.
  •  The dyes of the world: all the peoples of the world have found in their environment a palette of colors for art and crafts. The techniques used in dyeing as in the manufacture of inks or pigments are extremely varied. But everywhere, from time to time, we find the great laws of the natural chemistry of dyes.

A petition is currently underway at the castle to try to preserve the garden, which is threatened with extinction. This place is, however, an essential educational support for safeguarding and transmitting centuries of knowledge and practices from nature. There is no shortage of projects (resale of seeds, training in vegetable dyeing, etc.) but the means are reduced year after year, even to the point of evoking the removal of this heritage gem.

The teams, overwhelmed by the scale of the task, cannot deploy an alert campaign up to the challenge. Also, every help, no matter how small, will be welcome. For this, do not hesitate to make known your support to the town of Lauris.

To contact the Association of Friends of the Garden of Tinctorial Plants (Ms. Dominique DOWA).

What is a dye plant?

It is a plant, parts of which are used to prepare dyes and tinctures. Generally used to paint natural textile fibers (wool, silk, cotton, etc.), they can also be used as food and body dyes (make-up, ritual painting). Plants do not make colors to please us, nor are they medicinal or food by vocation. The rationale for dyes must be found in the need for plants (deprived of motor skills) to protect and defend themselves with the help of subtle chemistry. The dyes are also used for reproduction. One must try to realize how much imagination, ingenuity and research it took our predecessors to succeed in extracting colors that were solid in washing, light and wear. And to obtain the best dyes, they did not hesitate to import, sometimes from far away, the dyeing materials, and even acclimatize many plants to rationalize their production. Until the last century, the textile sector was the largest consumer of vegetable color, but the arrival of petroleum derivatives almost eliminated their production. Currently, the exploitation of plant resources is a solution to ecological problems and is naturally part of a sustainable development approach.

AD Matières d’art

Au palais d’Iéna, la 2ème édition de AD Matières d’art a dévoilé une sélection d’œuvres impressionnantes de maîtrise et de beauté. De la pierre au liège, du cuir à la plume, les matières ont vibré de la précieuse rencontre du geste séculaire et de la vision innovante.
Des moments rares.

GURU, salon spécialisé Craft & Design contemporain

La Paris Design Week, c’est aussi l’occasion de s’ouvrir à de nouvelles propositions. La Maison de vente Cornette de Saint Cyr a ainsi accueilli la toute première édition de GURU, salon spécialisé Craft & Design contemporain. À l’origine de ce projet original, Francois Epin et Graziella Semerciyan, deux passionnés, attentifs à de nouvelles manières de créer de la porosité entre l’univers feutré des maisons de ventes aux enchères et celui du design et des savoir-faire actuels.
Réparti sur les trois étages de ce prestigieux hôtel particulier, dans un format privilégié et intimiste, une sélection pointue de bijoux, objets et mobilier. Carte blanche étaient donnée aux galeries SINOPLE • Paris, AGENCE MARINE BONNEFOY , Galerie Gosserey, Galerie Mingei, Galerie Melissa Paul, Galerie 208, Maison Parisienne et Galerie Xantico.
Une expérience rare et sensible, que l’on souhaite à GURU de renouveler bientôt, pour découvrir ce que nos artistes, designers et artisans proposent comme alternatives pour penser la vie quotidienne, à travers des objets et des meubles d’exception.

L’expérience collective d’art éphémère « L’essentiel »

« L’art c’est ce qui end la vie plus intéressante que l’art ». C’est ainsi que démarre ce projet inédit d’expérience collective d’art éphémère « L’essentiel », portée par l’association Art Azoï. Une quarantaine de street-artistes se sont emparés d’un ancien centre de la Poste proche de la gare de l’Est à Paris avant sa réhabilitation en logements et bureaux, pour le métamorphoser en véritable théâtre de la création urbaine. Se dévoilent deux étages, sur plus de 2000m2, entièrement recouverts de street-art et parsemés d’installations, dont la consigne était de n’utiliser que les couleurs en présence. Les volumes, les couleurs, les dialogues entre les espaces de chaque artiste (certains en hauteur et en rappel !) créent des perspectives étonnantes dans une déambulation quasi mystique. La magie opère. C’est une magnifique surprise offerte jusqu’au 29 août, pour qui saisira sa chance comme nous : les réservations ne sont plus possibles en ligne mais à chaque créneau horaire, des places restent libres…

The Power of My Hands

L’exposition « The Power of My Hands » au Musée d’art moderne de Paris rend compte de la capacité des artistes à aborder, à partir de leurs histoires personnelles, les questions sociales qui déterminent la condition féminine. A travers les thématiques du corps, de la sexualité, de la représentation de soi, de la maternité, des croyances, l’exposition interroge comment la question de l’intime chez la femme noire révèle des non-dits et manifeste son rapport au monde. Elle propose une réflexion où s’entremêlent les notions de mémoire, de famille, de spiritualité et d’imagination. Les créations présentées – peinture, poterie, photographie, vidéo, performance, broderie etc. – célèbrent l’énergie émancipatrice du « pouvoir de leurs mains ». Même si certaines de ces artistes ne revendiquent pas d’engagement féministe ou politique radical, les œuvres permettent de partager des expériences individuelles porteuses d’une revendication collective et universelle, résonnant comme un écho au célèbre slogan des années 1970 « personal is political ».

« Matières à l’œuvre »

« Présentée par l’Institut National des Métiers d’Art (INMA), en partenariat avec le Mobilier national et avec le soutien de la Fondation Bettencourt Schueller, Grand mécène national, « Matières à l’œuvre », exposition nationale des Journées Européennes des Métiers d’Art, s’inscrit dans une programmation de milliers d’événements et de rencontres partout en France, dans des ateliers d’art, des centres de formation, des sites culturels et patrimoniaux. Les créations que nous vous présentons sont issues de savoir-faire d’exception, emblématiques de nos métiers d’art et du patrimoine vivant, et de nos matières. Transmission, recherche, créativité et éco-responsabilité sont les maîtres mots de ce parcours chargé d’émotions qui offre l’occasion de découvrir ou de redécouvrir l’importance de l’engagement des artisans d’art, des créateurs, de nos Maîtres d’art et leurs Élèves dont la reconnaissance, unique au monde, a dépassé le quart de siècle. C’est avec une grande joie que nous vous accueillerons dans la Galerie des Gobelins du Mobilier national pour vous faire découvrir à travers les matières et les matériaux ressources, recyclés, hybridés, augmentés, responsables, un florilège de créations imaginées et réalisées par les professionnels des métiers d’art et du patrimoine vivant. » (source INMA)

« Un bout d’humanité précieuse, un fil fragile tendu au travers des temps »

Journaliste, DJ, cheffe d’entreprise, photographe amateure, infatigable chineuse… Isabelle Fringuet est dure à classer. C’est justement ce que l’on aime, à la French Craft, et sans surprise cette nîmoise de cœur cultive son jardin artisanal en soutenant des savoir-faire aussi beaux que bons. Rencontre avec une craftangel qui tente avec beaucoup d’humilité de soutenir des familles d’artisans avec son site LUCE Shop.

FCG. Votre parcours est riche d’aventures, et plutôt éloigné du Craft a priori… comment est venue la rencontre avec l’artisanat ?

I.F. Ouuuh ! ça date… Il faut remonter à mon enfance en Algérie et des pérégrinations dans le pays. Je me souviens de poteries « domestiques » soulignées de motifs berbères, ceux des tatouages arborés par les femmes sur leurs visages et sur leurs mains. Je me souviens de religieuses dans un couvent sis au fin fond de la Kabylie qui commercialisaient les travaux de vannerie des femmes du village. Mon intérêt, au sens de l’attention que j’y ai porté, s’est très certainement développé à partir de là. Je n’ai jamais visité un pays, et j’ai eu la chance d’en visiter pas mal, sans chercher systématiquement les produits de l’artisanat local…

FCG. Quel type d’artisanat recherchez-vous principalement ?

I.F. Tout m’intéresse. Poteries, tissage, vanneries… Mon intérêt se porte justement sur leurs aspects utilitaires et essentiels. Sur leur caractère pérenne, voire éternel. Ils représentent selon moi un écho du passé toujours présent, un bout d’humanité précieuse, un fil fragile tendu au travers des temps. Ils incarnent aussi et avant tout les artisans qui les ont fabriqués, modelés avec patience, savoir-faire et une maîtrise qui force le respect.

FCG. Nous sommes loin du fonctionnel… c’est donc purement symbolique ?

I.F. Oui et non. Pour moi, c’est imbriqué. Ces objets sont utilisés dans la vie quotidienne pour cuisiner, servir les plats, cuire la semoule à la vapeur ou bien la viande sous des cendres ardentes ; pour couvrir des sols en terre battue, pour recouvrir un enfant, pour amuser les petits ou encore honorer des ancêtres ou des divinités. Ils sont en plus aujourd’hui détournés de ces premiers usages pour devenir une source de revenus essentiels à la survie de familles entières… pour notre plus grand plaisir, pour ma plus grande émotion. J’ai pas mal de ces objets chez moi, disposés un peu partout, ils m’arrachent un sourire chaque fois que je les croise. Inutile de préciser que j’y trouve ce que m’apporte aucun produit « autre », si ce n’est dans les tableaux que je glane ici et là… Souvent à l’occasion de voyages également. Art-artisanat, j’ai décidément du mal à faire la différence.

FCG. Peut-être parce que c’est la même chose à vos yeux ?

 I.F. Je viens d’aller vérifier la définition de l’un et de l’autre… Concernant l’art, il s’agirait « d’œuvres humaines destinées à toucher les sens et les émotions du public », concernant l’artisanat, cela concernerait « la production ou transformation de produits grâce à un savoir-faire hors contexte industriel de masse, et en général par un ou un.e artisan.e qui en assurerait la production et la commercialisation ». Bref, comme dirait l’autre, la réponse et dans la question ! Des objets d’artisanat, même produits en série, provoquent de l’émotion et, toujours selon moi, la différence entre les deux est le caractère unique de l’un et celui parfois multiple de l’autre…

FCG. Serait-ce aussi art de vivre ? Ou une culture ? Une philosophie ?

I.F. Vous pouvez répéter la question ?! Que dire, que dire… Des arts de vivre, des cultures, et des savoirs–faire intemporels qui survivent envers et contre tout… Oui, une certaine philosophie. Ce qui me vient le plus immédiatement à l’esprit en tout cas, c’est la joie. Leur belle joie, leur grande humilité.  Et leur véritable bonheur à les fabriquer, à les fabriquer « bien », à vanter leurs qualités, leurs finitions. Nous en revenons à la philosophie là non ? Une certaine philosophie de la vie, simple et joyeuse, en dépit de nombreuses difficultés…

FCG. Car ces savoir-faire sont menacés de disparaitre ?

I.F. Je suis suffisamment âgée aujourd’hui pour constater l’évolution des choses… Ce que l’on dénomme la mondialisation est un réel danger pour la survie de ces artisans. Les modèles dits traditionnels de vie qu’ils véhiculent tendent à s’effacer au profit d’autres métiers, d’autres activités plus faciles, parfois plus lucratives ou tout simplement plus respectées, malheureusement. Mais encore aujourd’hui dans une île comme Bali, c’est en apprenant à coudre et à broder des produits d’artisanat –des sacs, des poupées – que les mamans de Balimums épargnent à leurs enfants la mendicité dans les rues…

FCG. Est-ce le point central de votre engagement ? 

I.F. Oui. Ou tout simplement parce que j’admire leur savoir-faire, parce que cette admiration me motive à faire savoir leur savoir-faire… Parce que je les ai rencontrés et que nous sommes devenus amis. Leur disparition serait un drame pour moi, mais gardons à l’esprit que la chute de l’un entraine les autres. Le point commun entre tous ces artisanats est la façon dont ils sont fabriqués : à la « mano », et à l’aide d’outils que l’on peut considérer comme rudimentaires. Abdulileh, le « Maître des Babouches », partenaire de LUCE, travaille accroupi sur son minuscule tabouret de bois avec des outils façonnés juste à côté par les menuisiers et les ferronniers du souk. C’est un cercle vertueux… qu’il faut absolument préserver !

FCG. Que diriez-vous à quelqu’un qui voudrait en faire son métier ?

I.F. Je dirai « fonce ! » et surtout « ne te retourne pas ». Car il y a dans ces métiers une forme indéniable de création, de liberté, d’autonomie. Et tant d’occasion de belles rencontres ! Mais c’est un réel choix de vie. Une vie qui peut sembler plus hasardeuse, plus compliquée, mais une vraie vie. Là, je pense à mon amie Anne-Céline, artiste-artisane aux multiples talents, revenue s’installer dans sa Baie de Somme natale et qui – même si cela lui rapporte moins – a retrouvé tout le sens de sa création dans un environnement qui lui est cher.

«A piece of precious humanity, a fragile thread stretched through time»

Journalist, DJ, business manager, amateur photographer, tireless hunter… Isabelle Fringuet is hard to classify. This is exactly what we love, at the French Craft, and unsurprisingly this « nimoise » of heart cultivates her artisanal garden by supporting skills that are as beautiful as they are amazing. Meeting with a craft-angel who tries with great humility to support the families of craftsmen with her LUCE Shop site.

FCG. Your career is rich in adventures, and a priori rather far from Craft … how did you meet craftsmanship?

I.F. Ouuuh! It’s been a long time ago… We have to go back to my childhood in Algeria and peregrinations in the country. I remember “domestic” pottery underlined with Berber patterns, inspired by tattoos women wear on their faces and on their hands. I remember theses nuns in a convent located in the depths of Kabylia who marketed the basketry work of the women of the village. My interest, in the sense of the attention I paid to it, most certainly developed from there. I have never visited a country, and I have had the chance to visit quite a few, without systematically looking for local handicrafts …

FCG. What type of crafts are you mainly looking for?

I.F. Everything interests me. Pottery, weaving, basketwork , broidery… My interest is precisely in their utilitarian and essential aspects. On their perennial, even eternal character. In my opinion, they represent an echo of the ever-present past, a precious piece of humanity, a fragile thread stretched through time. They also and above all embody the craftsmen and women who make them, modeled with patience, a know-how and a mastery that inspires respect respect.

FCG. We are far from the functional … so is it purely symbolic?

I.F. Yes and no. For me, it’s intertwined. These objects are used in everyday life for cooking, serving dishes, steaming semolina or meat under burning ashes; to cover dirt floors, to dress a child, to amuse the little ones or to honor ancestors or deities.
They are also now diverted from these early uses to become a source of income essential to the survival of entire families … for our greatest pleasure, for my greatest emotion. I have quite a few of these objects in my house, scattered all over the place, they make me smile every time I see them. Needless to say, I find there what no « other » product gives me, except in the paintings that I glean here and there … Often on trips as well. Art-craftsmanship, I definitely find it hard to tell the difference.

FCG. Maybe because it’s the same to you?

I.F. I just went to check the definition of one and the other… Concerning art, it would be « human works intended to touch the senses and emotions of the public », concerning craftsmanship, that would concern « the production or transformation of products thanks to know-how outside a mass industrial context, and in general by a craftsman who would ensure their production and marketing ».
In short, as we could say, the answer and in the question! Handicrafts, even mass-produced items, cause emotion and, always in my opinion, the difference between the two is the uniqueness of one and the sometimes multiple of the other …

FCG. Could it also be the art of living? Or a culture? A philosophy?

I.F. Can you repeat the question?! What to say, what to say… Arts of living, cultures, and timeless know-how that survive against all odds… Yes, a certain philosophy. What comes to mind most immediately, anyway, is joy. Their beautiful joy, their great humility. And their true happiness in making them, in making them “well”, in praising their qualities, their finishes. We come back to philosophy there, don’t we? A certain philosophy of life, simple and joyful, despite many difficulties …

FCG. Because this know-how is threatened with disappearing?

I.F. I am old enough today to see how things are going … What we call globalization is a real danger to the survival of these artisans. The so-called traditional models of life that they convey tend to fade away in favor of other professions, other easier activities, sometimes more lucrative or simply more respected, unfortunately. But even today in an island like Bali, it is by learning to sew and embroider handicrafts – bags, dolls – that the mothers of Balimums spare their children from begging in the streets …

FCG. Is this the central point of your commitment?

I.F. Yes. Or quite simply because I admire their know-how, because this admiration motivates me to share their know-how … Because I met them and we became friends. Their disappearance would be a tragedy for me, but let’s keep in mind that the fall of one brings about the others. What all these crafts have in common is the way they are made: « a la mano », and using tools that can be considered rudimentary.
Abdulileh, the “Master of Babouches*”, partner of LUCE, works squatting on his tiny wooden stool with tools fashioned next to it by the carpenters and ironworkers of the souk. It is a virtuous circle … which must absolutely be preserved!

*slippers-mules

FCG. What would you say to someone who wants to make it their job?

I.F. I will say “go for it! « And above all » do not look back « . Because there is in these professions an undeniable form of creation, freedom and autonomy. And so many opportunities for great encounters! But it’s a real life choice. A life that may seem more hazardous, more complicated, but a real life. There, I think of my friend Anne-Céline, artist-craftswoman with many talents, returned to settle in her native Baie de Somme and who – even if it brings her less – has rediscovered all the meaning of her creation in an environment that is dear to her.

luce-shop.com

Les voyages immobiles de Sinople

Une des révélations de 2020, malgré les fermetures et les annulations d’événements, était sans conteste la proposition de Sinople, curateur et éditeur d’œuvres et objets d’art aux frontières de l’art, du design et du craft. Second volet d’un opus dédié à la nature, “Paysage intérieur” nous a transporté dans un univers intimiste et sensible, dont la poésie émerge autant de la maîtrise technique que de la beauté formelle. Retour sur quelques pièces emblématiques mêlant parfaitement savoir-faire, innovation et inspiration.


Pour le dessin et la conception de PROTOTYPE, un mot allait définir la ligne directrice et artistique, la réflexion d’Hugo Haas et Arnaud Mainardi : la forêt. Elle est le lieu de création du feuillardier, artisan aux techniques vernaculaires qui crée mobilier et objets à partir de méthodes d’assemblage ou de cintrage de jeunes branches de châtaignier. Lieu fragile de ressources et panorama entre terre et ciel, elle a également inspiré les lignes de cette table de travail qui se singularise par sa sobriété et rusticité contemporaine associant matériau premier et matériau industriel : châtaignier et acier. Tel un détail de la voûte céleste portée par les branchages, PROTOTYPE se présente comme un morceau de forêt.


Designer textile, Marion Chopineau conçoit des structures textiles contemporaines qui naissent le plus souvent de l’altération, de l’hybridation et du détournement de techniques artisanales. Elle explore le vivant et le textile dans une approche artistique plus sculpturale notamment illustrée par ses peaux insculpées véritables totems, tapisseries ou installations. Inspirés par la cartographie, les vues aériennes et les mouvements d’éléments naturels — l’eau suivant le lit de la rivière, le vent dans les hautes herbes — les mouvements organiques insculpés par l’artiste évoquent les traces d’anciens rituels, les signes et symboles pariétaux gravés dans la roche. Ils font écho aux notions de migration et de nomadisme, de flux à travers un territoire.


Pour amener à regarder et à s’étonner des manifestations du vivant, Léa Barbazanges réalise des assemblages avec des matériaux naturels et en met en exergue leur spécificité et leur beauté. Nervures, ramifications, transparences, brillances, reflets, sont le résultat d’un geste patient, méticuleux et rationnel. Poétique feuille d’aluminium modelée avec la complicité d’Isaak Rensing (tôlier formeur spécialiste de la restauration de véhicules de collection), « Filicineae » renouvelle l’exercice d’une empreinte végétale laissée à la surface du métal que l’artiste et l’artisan avaient initié avec Magnolia macrophylla — les masques. Tel un fossile contemporain, avec une extrême précision, l’œuvre laisse deviner chaque élément du graphisme naturel de la fougère commune qui se perd et se révèle au grès des reflets qui dansent sur le métal.


Lorsque Martine Rey rencontre la laque végétale « Urushi » au Japon, l’artiste fait face à un matériau dont la technique d’application croise son propre cheminement. Art prestigieux, elle est cependant un art d’ornement toujours lié à « l’habillage » d’objets. Tout en apprenant les gestes constitutifs de cette pratique séculaire, l’artiste libère un projet dans lequel la laque vient désormais mettre à nu l’objet anonyme, abandonné, délaissé. Elle détourne l’attention vers son histoire pour en décrire la profondeur insoupçonnée. Surface et reflet, la laque quitte ses atours protecteurs et décoratifs pour devenir une matière précieuse à part entière, la plume du temps écoulé sur les « choses ordinaires » magnifiées en reliques, en talismans.


Atelier Alba, fondé par Celia Suzanne & Erwann Larbre, est un atelier spécialisé dans le développement et la création de décors marquetés d’exception. Mettant en jeux leur passion commune pour les techniques ancestrales de la marqueterie et une démarche de recherche et développement, l’ambition de ses fondateurs est de déstabiliser le regard en proposant une approche inédite et contemporaine de leurs savoir-faire et de la matière. Sa curiosité pour les différents savoir-faire l’amène à faire se croiser des techniques et des matières fondamentalement opposées pour réconcilier traditions et innovation. La série de paravents développée avec Sinople s’inspire ainsi de l’objet rituel japonais, de sa fonction symbolique et ornementale souvent associée à des représentations de la Nature, et de la matière dont il se pare. Replié, l’artefact ne laisse voir que les veinages de son placage rare et précieux. Ouvert, par soustraction de papier mûrier marqueté de parchemin, l’écran révèle les spécificités du bois ; tantôt les cernes de l’arbre dont il provient, tantôt les élégants et surprenants motifs de la loupe. Par un habile jeux de composition, c’est un paysage onirique qui s’offre à voir et à discrétion.


Pour découvrir les autres créateurs et créations présentées, téléchargez le catalogue.

Merci à Julien Strypsteen et Éric-Sébastien Faure-Lagorce, fondateurs de Sinople, pour leur aimable participation et autorisation de reproduction de leur catalogue (tous droits réservés).


The motionless journeys of Sinople

One of the revelations of 2020, despite the closures and cancellations of events, was undoubtedly the proposal of Sinople, curator and publisher of works and objects of art at the frontiers of art, design and craft.
The second part of an opus dedicated to nature, “Interior Landscape” transported us to an intimate and sensitive universe, whose poetry emerges as much from technical mastery as from formal beauty. Here’s a look back at some emblematic pieces that perfectly combine know-how, innovation and inspiration.


For the drawing and conception of PROTOTYPE, one word would define the guiding and artistic line, the reflection of Hugo Haas and Arnaud Mainardi: the forest. It is the cooper’s creative place, a craftsman using vernacular techniques to creates furniture and objects using methods of assembling or bending young chestnut branches. A fragile place of resources and a panorama between earth and sky, which also inspired the lines of this work table which stands out for its sobriety and contemporary rusticity combining raw material and industrial material: chestnut and steel. Like a detail of the celestial vault carried by the branches, PROTOTYPE appears like a piece of forest.


Textile designer, Marion Chopineau designs contemporary textile structures that are most often born from the alteration, hybridization and diversion of artisanal techniques. She explores living things and textiles in a more sculptural artistic approach, particularly illustrated by her sculpted skins, real totems, tapestries or installations. Inspired by cartography, aerial views and the movements of natural elements – the water following the bed of the river, the wind in the tall grass – the organic movements inspired by the artist evoke traces of ancient rituals, parietal signs and symbols carved into the rock. They echo the notions of migration and nomadism, of flows through a territory.


To make people look and be amazed at the manifestations of the living, Léa Barbazanges creates assemblies with natural materials and highlights their specificity and beauty. Ribs, ramifications, transparencies, shine, reflections, are the result of a patient, meticulous and rational gesture. Poetic aluminum foil modeled with the help of Isaak Rensing (sheet metal worker specialist in the restoration of vintage vehicles), “Filicineae” renews the exercise of a plant imprint left on the surface of the metal that the artist and the artisan had initiated with Magnolia macrophylla – the masks. Like a contemporary fossil, with extreme precision, the work hints at every element of the natural graphics of the common fern which is lost and revealed in the sandstone reflections dancing on the metal.


When Martine Rey meets the « Urushi » plant lacquer in Japan, the artist is faced with a material whose application technique crosses her own path. A prestigious art, however ornamental, always linked to the « dressing » of objects. While learning the constitutive gestures of this secular practice, the artist releases a project in which lacquer now comes to lay bare the anonymous, abandoned, neglected object. She diverts attention to her story to describe its unsuspected depth. Surface and reflection, the lacquer leaves its protective and decorative garb to become a precious material in its own right, the pen of time elapsed on « ordinary things » magnified in relics, in talismans.


Atelier Alba, founded by Celia Suzanne & Erwann Larbre, is a workshop specializing in the development and creation of exceptional inlaid decorations. Bringing into play their common passion for ancestral marquetry techniques and a research and development approach, the ambition of its founders is to destabilize the gaze by offering a new and contemporary approach to their know-how and the material. Their curiosity for different skills leads them to combine techniques and fundamentally opposed materials to reconcile traditions and innovation. The series of screens developed with Sinople is thus inspired by the Japanese ritual object, its symbolic and ornamental function often associated with representations of Nature, and the material with which it is adorned. Folded up, the artifact only shows the veins of its rare and precious veneer. Open by subtracting mulberry paper inlaid with parchment, the screen reveals the specificities of wood; sometimes the rings of the tree from which it comes, sometimes the elegant and surprising patterns of the magnifying glass. Through a skillful play of composition, it is a dreamlike landscape that offers itself to be seen and at discretion.


To discover the other creators and creations presented, download the catalogue.

Thanks to Julien Strypsteen and Éric-Sébastien Faure-Lagorce, founders of Sinople, for their kind participation and permission to reproduce their catalog (all rights reserved).

Ces femmes qui ont choisi la créativité pour être indépendantes

Par Claudia Cesiro, Directrice Marketing de Mooza

A l’occasion de la journée de la femme, les thèmes de la figure féminine se multiplient : le rôle (ou plutôt les rôles) que la société lui attribue (mère, épouse…), sa carrière, mais aussi comment démarrer sa propre entreprise. Dans ce scénario, les artisanes, en tant que partie intégrante du « made in Italy », sont quelque peu laissées de côté, encore victimes de la sous-estimation de leur travail. Mooza, la place de marché qui accueille les artisans du style de vie made in Italy, est un lieu privilégié pour enquêter – compte tenu de la variété des profils et des histoires qui l’anime – en allant un peu plus loin pour comprendre leurs difficultés, comment elles affrontent les défis que leur passion entraine, et en cherchant une nouvelle clé de lecture qui pourrait aussi inspirer celles qui doutent de l’opportunité d’emprunter un tel chemin. Nous avons ainsi rassemblé des parcours de toute l’Italie et de tous les domaines : mode, accessoires, bijoux et design… compilant d’un côté les clichés et de l’autre des récits de détermination, d’engagement et de volonté.

Quels sont les clichés ou critiques récurrentes auxquels les artisanes font face ? Pour beaucoup, l’un des problèmes est très souvent de ne pas être prise au sérieux et que leur centre d’intérêt est confondu avec un passe-temps ou, pire, un « job du dimanche ». La dévalorisation de leur activité créatrice, parfois par des amis ou parents, est l’un des écueils les plus fréquents qui s’aggrave avec le fait d’avoir à lutter contre le lieu commun qui veut qu’un homme soit meilleur pour un certain type d’artisanat.

C’est ce qui est arrivé à Laura de Bottega Celeste-Made in Volcano Etna, une artisane spécialisée dans la métallurgie. Lorsqu’elle a demandé un financement pour son entreprise, elle s’est entendu répondre qu’on s’attendait à parler à un homme, car un orfèvre est généralement un homme, tandis que les bijoux sont achetés pour les femmes. Laura a dû se battre pour son financement, non seulement en montrant que même une femme peut travailler les métaux (et le feu) mais surmonter également l’obstacle de ne pas venir d’une famille d’orfèvres, étant tombée amoureuse de cette ancienne technique au point s’en faire son métier. Aujourd’hui, Laura perpétue une culture de fabrication traditionnelle, avec des temps de traitement précis, loin de la production de masse. Ce sont cette philosophie, concentrée sur la continuité des savoir-faire, et son opiniâtreté qui lui ont finalement permis d’obtenir un prêt.

Les problèmes deviennent encore plus intéressants – ou plutôt irritants – quand c’est une maman qui tente de démarrer sa société. Des phrases telles que « Bah, tu es à la maison de toute façon », comme si le fruit de son expérience, développée au fil des ans et peut-être de son enfance, n’était guère qu’une façon de s’occuper. Beaucoup de nos artisanes et mères nous ont pourtant raconté comment, à certains moments de leur vie, se dédier à leur vocation et dégager du temps pour les moments de création pure était le moyen de ne pas se sentir écrasées par les responsabilités familiales et professionnelles, et de retrouver un équilibre.

C’est l’histoire de Michela de Mama’s qui, avant de se consacrer pleinement à ses créations vestimentaires, avait un job « sûr » d’employée, deux enfants et un mari. Au moment où elle commence à sentir qu’elle satisfait tout le monde sauf elle-même, elle trouve, mise de côté, la machine à coudre de sa mère. Un monde s’allume fait de souvenirs. Ayant grandi au milieu des pelotes, fils et aiguilles, elle se souvient soudainement de toutes les choses qui lui avaient été enseignées et qu’elle sait faire. Elle commence alors à se dédier à la couture de plus en plus fréquemment, jusqu’à prendre la décision courageuse de quitter son emploi. La phrase de Walt Disney devient sa devise « Si tu peux en rêver, tu peux le faire » et elle se lance à plein temps. Des commerçants acceptent de mettre quelques-unes de ses pièces dans leur vitrine, et lui donnent confiance pour continuer, malgré les difficultés.

Monica di LeGongole offre un témoignage similaire, dans laquelle sa passion pour les accessoires et les bijoux devient sa principale activité. Mère de trois enfants qui nécessitaient un suivi particulier à la maison ainsi qu’à l’école, elle se décrit ainsi : « Perdue à la croisée de chemins, dans une forêt noire et épaisse… J’ai toujours fait ce que je n’étais pas, et puis la vie m’a mise à un endroit où je pouvais le mieux me rencontrer. » Sa démarche créative part de la recherche de différents matériaux, même imparfaits, car c’est dans l’imperfection qu’on est unique. Elle conçoit des modèles d’accessoires et surtout des sacs avec un design original fait de broderie à la main et, lentement, avec l’aide d’amis qui remarquent et sollicitent son travail, commence à les proposer. Pour celles qui rencontrent une situation similaire, Monica leur conseille ceci : « On survie à tout. C’est bien d’écouter les conseils des autres, mais à un moment, vous devez suivre votre instinct. »

Un aspect commun à de nombreux parcours est celui de l’importance du soutien entre femmes artisanes. Nous ne parlons pas ici de la solidarité féminine en général, mais bien de l’aide concrète de celles qui vous vous donnent un vrai coup de pouce quand vous démarrez. Xenia de Xene Handmade, par exemple, a commencé son projet avec une partenaire quand peu de gens croyait encore à leur talent pour réaliser des bougies conçues de véritables objets design, et croyait moins encore à leur capacité d’en faire un gagne-pain. Xenia raconte que, une fois avoir investi elles-mêmes pour commencer à produire, toutes les opportunités notables afin de faire évoluer leur marque sont venues de leur collaboration avec d’autres femmes : de celles qui ont reconnu et exposé leur œuvres, ou de celles avec lesquelles elles ont noué des partenariats, à l’instar de l’illustratrice qui dessine leur nouvelle ligne de packaging en édition limitée.

Ces femmes, dans ce cas comme dans les autres, ne manquent pas de volonté. Même lorsqu’elles évoluent dans un environnement plus habitué à voir des créatrices et cheffes d’entreprise, les écueils sont bien là, et ils sont énormes. Caterina de Veraroad, une marque de vêtements féminins originaire de Toscane, nous dit ainsi que « un petit entrepreneur doit toujours porter des pantalons », faisant référence aux centaines d’obstacles que les artisans hommes et femmes affrontent, : devoir tout faire tout seul ou transférer dans le monde digital la qualité, l’effort et l’engagement que représente un produit fait-main. Une contrainte imposante qui leur demande de fabriquer des choses uniques, de les promouvoir en ligne et si possible de gérer leurs réseaux sociaux pour communiquer dès qu’ils le peuvent. Tina de T.I.N.A There Is No Alternative, qui conçoit des bijoux et des accessoires, va même plus loin en expliquant à quel point il est difficile de valoriser la créativité issue de l’artisanat surtout lorsque les matériaux utilisés sont communs et peu précieux tels que le textile, reléguant les bonnes idées dans la case « aucun mérite ».

Lalla de La casa di Lalla, qui s’occupe de récupérer du mobilier et des objets brocantés pour proposer de « vivre sa maison en harmonie », partage dans son blog les difficultés à improviser plusieurs identités professionnelles en même temps. Pour autant, « suivre le chemin de la créativité a été le meilleur choix de ma vie » nous dit-elle.

Nous concluons ce rapide voyage dans le monde de l’artisanat féminin en les remerciant pour l’énergie, l’enthousiasme et l’imagination qui les ont menées à transformer leur existence, faire des choix courageux et surtout créer pour les autres des produits incomparables. Nous avons été contactés par de nombreuses candidates lors de la rédaction de cet article. Nous n’avons pas pu parler de toutes comme nous l’aurions voulu, c’est pourquoi à Mooza nous avons décidé de dédier une partie de notre site à toutes ces histoires inspirantes que nous avons collecté.

Merci à toutes pour vos précieux témoignages, et particulièrement :

  • Laura – Bottega Celeste-Made in Volcano Etna
  • Tina – T.I.N.A there is no alternative
  • Caterina – Veraroad
  • Monica – Le gongole
  • Lalla – La casa di lalla
  • Michela – Mama’s
  • Raffaella – di Raffaella Scheghel
  • Rosaria – Bottega Creative
  • Sara – 3D Print © SAYU
  • Xenia – Xene Handmade

A journey into the stories of women who have chosen creativity
to be independent.

By Claudia Cesiro, Head of Marketing of Mooza

On women’s day, the themes on the female figure multiply: social issues about the role (or rather the roles) that society attributes to her (mother, wife, etc.), women and career, and also how to start an entrepreneurial activity on your own. In this scenario, artisan women, as an integral part of made in Italy, are somewhat left aside, still victims of underestimation of their work. Mooza, the marketplace that welcomes artisans of the made in Italy lifestyle is a privileged place from which to investigate, given the variety of profiles and stories that animate it, going a little deeper to understand what are the difficulties of artisan women, how they face the challenges that their own passion poses them, in search of a new key reading that can also be of inspiration for those who have doubts whether to undertake a path based on one’s creativity. We have thus collected stories of women from all over Italy and from all areas of craftsmanship: fashion, accessories, jewelry and design, collecting on one side clichés and for the other side stories of determination, commitment and will.

What are the clichés or recurring criticisms that many artisan women become subject to?
Very often for many one of the problems is not to be taken seriously and that their passion is mistaken for a hobby or, worse, to be the ones who do « sunday jobs ». The understimating of one’s creative activity, sometimes also by friends and relatives, is one of the most recurrent rocks that is also accompanied by the aggravating of having to fight against the common place that prefers in the collective imagination a man for a certain craft job.

This is what happened for example to Laura of Bottega Celeste-Made in Volcano Etna, a crafter-women specialized in metalworking who when she asked for funding for her business she was told that they would expect to talk to a man, because a goldsmith is generally a man, while jewelry are bought for women. Laura had to fight for her funding not only by showing that even a woman can work metals (and fire) but also overcome the obstacle of not even coming from a family of goldsmiths, since she had fallen in love with the ancient tradition of metalworking making it her main occupation. Today Laura is the bearer of an ancient culture of manufacturing that foresees precise processing times away from mass production, and her working philosophy is precisely focused on this sense of continuity of ancient knowledge, and it was this determination that finally allowed her to obtain funding.

The initial difficulties become even more interesting or we could say irritating when it is a mother who is trying to start a craft business. Phrases like « well so much you’re at home », as if the fruit of your own experience, developed over years and perhaps learned as child, was little more than a way to spend time. Some of our artisan women and mothers told us how at certain times in their lives, dedicating themselves to their craft passion and giving space to moments of creation as such, was the lever not only not to feel crushed by the responsibilities of the family and work but also to find themselves and give balance to their lives. This is the story of Michela of Mama’s, who before dedicating herself to full-time sartorial creations, was engaged in a « safe » job as an employee with two children and a husband. At a time when she felt she had satisfied everyone but herself, she finds, set aside, her mom’s sewing machine. A world lights up made of memories. She grew up in half to the balls, needles, wires, suddenly remembers all the things that had been taught to her and that she knows how to do. He began to devote himself to this activity more and more frequently, until he made the brave decision to quit his job. A phrase from Walt Disney becomes his motto « If you can dream of it you can do it » and so he becomes a full-time craftswoman. Some shopkeepers put some of her creations in their stores and this gives her confidence to continue, despite the difficulties. Monica di LeGongole also has a similar history, in which the passion for accessories and bijoux has become her main activity. Mother of three children, who particularly needed to be followed at school and at home, describes herself thus « In the middle of the path of our life, I found myself for a dark forest, that the straight way was lost… I’ve always done what I wasn’t, then life put me in a position to be the one where I can best recognize myself. » Her creative activity starts from the search for different materials, even imperfect, because it is in imperfection that uniqueness is found. She designs models of accessories and above all bags with a unique design with handmade embroidery and slowly also with the help of friends who noticed her creations and asked her, she began to propose them. Among the tips for those who are in a difficult moment Monica tells us « You survive everything. It’s okay to listen to other people’s advice, but at some point you have to follow your instinct. »
One aspect that we have found in many stories is also the importance for craft women of the support of other women. We are not talking about women’s solidarity in general, but about the concrete help of those who give you a chance when starting a business. Xene Handmade for example started her own craft business with her partner, when not many believed in their talent for creating handcrafted candles that were real design objects and even less that they could make it their main work. Xenia tells us how, once the investments to start production were made on their own, all the opportunities to be noticed and develop the brand came through collaborations with other women: women who believed in their work by inserting their products on display and women with whom to create partnerships, such as the illustrator with whom they are making new limited edition packaging. The determination in this case, as in others we have heard, is not lacking. Even if our artisan is in an environment more accustomed to the female figure as a creative figure and entrepreneur together, the difficulties to be faced are huge. Caterina of Veraroad, a women’s clothing brand made in Tuscany, for example tells us « a small entrepreneur must always put on his pants », referring to the thousand difficulties that everyone, cafters women and men, have to face, such as having to do everything on their own and second to transfer the quality, work and dedication that is there in every handmade product from the real world to digital.
Crafters, women and men are now in great demand: to produce unique things, to promote their product online and preferably to follow social media as well, communicating whenever they can.
Tina of T.I.N.A There Is No Alternative who makes jewelry and accessories, goes even deeper into the problem telling us how many times the difficulty is to make the value of artisan creativity understood, especially when working common and not valuable materials, such as fabrics, as if having brilliant ideas was a common thing and should not be rewarded. Lalla of  La casa di Lalla, which deals with the recovery of furniture and brocant objects with the philosophy of « living the house in harmony », told us about the difficulties of improvising more professional figures together, so much so that in a blog she collected all her experiences to share them with others.

« Following creativity was the best thing in my life »

Lalla – La casa di Lalla

We conclude our journey among artisan women by thanking them for their infinite energy, passion and creativity that led them to transform their lives, to make courageous choices and above all to create unique things for others. For the composition of this article we have been contacted by many female artisans. We would have liked to have put all of them in this article, but it was not possible.
The material collected and the stories were many and interesting and we at Mooza decided to create a permanent section to tell more stories, to give inspirational content for others and to give space to the determination and creativity of artisan women.

Thank you to each of you for your valuable contribution. A special thanks goes to:

  • Laura – Bottega Celeste-Made in Volcano Etna
  • Tina – T.I.N.A there is no alternative
  • Caterina – Veraroad
  • Monica – Le gongole
  • Lalla – La casa di lalla
  • Michela – Mama’s
  • Raffaella – di Raffaella Scheghel
  • Rosaria – Bottega Creative
  • Sara – 3D Print © SAYU
  • Xenia – Xene Handmade